Cette façon de créer des passages d'une réalité à l'autre, d'accoler des lieux, de jeter des ponts entre eux et d'enjamber des obstacles nous est bien connue. C'est celle du rêve.

 

Dans le sommeil, le cerveau produit des gerbes d'étincelles des pensées condensées, ainsi que des images innombrables et fugitives. Elles recèlent chacune des univers qui se bousculent, entrent en contact les uns avec les autres et  s'éteignent aussitôt, alors qu'on voudrait pouvoir les retenir et s'y attarder pour en goûter davantage la saveur. Le rêve affranchit de la gravité, il apprivoise le vertige, et nous permet d'oublier nos propres peurs. Il survole la réalité si matérielle, si tangible et parfois périlleuse sans s'empêtrer, il nous permet de traverser le monde comme si nous étions des anges et de survivre à la violence et la cruauté de l'existence. Il nous suggère nos propres facultés oubliées, et nous fait retrouver une sorte d'innocence, un goût de l'interdit, un appétit pour l'épouvante, une jubilation enfantine face aux tabous ou aux catastrophes. Il suspend délicieusement la morale en même temps qu'il anéantit la pesanteur, et détruit même cette forme de contrôle de soi qu'est le bon goût. Souvent nous désirons prolonger les délices du sommeil, et rester plus longtemps dans cet état de suspension merveilleuse.

 

Voilà qu'on nous y invite.

 

Pierre Loze janvier 2017

Tous ces fragments d'images s'enchevêtrent, s'imbriquent, se superposent et au final nous désorientent. On passe du végétal à l'humain, de la terre à l'eau, des plumes aux pierres, de l'architecture au feu, du détail au général.

En ne respectant plus les rapports d'échelle, en mêlant les éléments identifiables aux formes insolites, parce que tellement agrandies, en suscitant les rencontres de couleurs fortes ou contrastées, tout finit par ressembler à une sorte de danse ou même de jeu, mais un jeu non dénué de malice.

Que penser des titres?

Cloud / Erosion / Emboîtements / Débordements de villes organiques / Etat d'urgence / Devil / Apocalypse d'architectures...

On songe au désordre devant ces formes qui se multiplient, ces méandres colorés, ces échafaudages, ces bâches qui se glissent comme obstacles devant notre regard?

Peut-être est-ce une anticipation de la douleur de la Terre, des maux venus des hommes qui chamboulent tout et commencent enfin à nous préoccuper. On y voit un résumé de notre monde, non dénué de poésie certes, mais si dérisoirement absurde, furieux, voire brutal. Non, ce n'est décidément pas innocent.

 

Dominique Vautier janvier 2017

 

2018 © Michèle Populaire